Des réglementations payées au prix fort
Normes antipollution, réglementation sur le freinage, directive machine… L’arrivée régulière de nouvelles exigences techniques impacte très fortement le coût des machines, y compris à l’utilisation.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
Après le coût des matières premières, de l’énergie et de la production, l’un des principaux facteurs de l’augmentation du prix des machines est l’évolution permanente de la réglementation. Depuis 20 ans, tous les automoteurs sont touchés par une hausse importante du prix du moteur en raison de la mise en place progressive des normes antipollution, du Stage 1 (ou Tier 1) jusqu’à l’actuel Stage 5. Pour le moment, le Stage 6 qui touche certains moteurs ne concerne pas l’agricole. Des motoristes comme Deutz AG ou Deere estiment que le prix d’un moteur a doublé entre les normes antipollution Tier 3 et Tier 4 et a encore augmenté pour atteindre l’actuel Stage 5. Même s’il a été commercialement impossible de répercuter intégralement cette hausse sur le prix final des tracteurs et automoteurs, l’impact sur le prix est palpable. En 2024, Fendt a même choisi de communiquer sur le surcoût du passage au Stage 5 dans ses devis, comme s’il s’agissait d’une option.
Le prix du moteur a plus que doublé
Plus le moteur est puissant, plus le surcoût est important. En plus du prix du développement, il faut intégrer celui des filtres, catalyseurs et vanne de recirculation des gaz d’échappement. De plus, tous les dispositifs de post-traitement comme le filtre à particules, le catalyseur d’oxydation (DOC) ou le dispositif de réduction sélective (SCR) engendrent une consommation de GNR plus importante et la nécessité d’investir dans de l’Ad-Blue et un stockage spécifique à la ferme pour ce liquide sensible au froid. Toutes ces normes ont aussi un impact sur les coûts de réparation et maintenance des matériels. Ces derniers ont d’ailleurs augmenté de 42,7 % entre 2015 et 2025. La présence d’un moteur Stage 5 implique le montage de nombreux filtres, qui doivent être entretenus et remplacés. La moindre intervention sur le bloc-moteur oblige les mécaniciens à démonter tous les équipements de dépollution, ce qui augmente le temps de main-d’œuvre.
Une nouvelle salve avec le freinage
Depuis le 1er janvier 2018, tous les tracteurs neufs vendus en Europe doivent être conformes à la réglementation européenne 167/2013. Plus connue sous le nom de Mother regulation, la « mère de toutes les réglementations », elle impose de nombreuses adaptations en vue d’améliorer la sécurité des utilisateurs et des autres usagers de la route. Parmi les modifications obligatoires, se trouvent les rétroviseurs grand angle, des garde-boue très enveloppants, et des cabines sans angles saillants. Si leur intérêt pour la sécurité est indiscutable, ces adaptations entraînent un surcoût à l’achat, notamment pour les tracteurs de moins de 150 ch qui en étaient rarement équipés. La Mother Regulation impose aussi la présence d’un double circuit de freinage. Alors que d’autres pays comme l’Allemagne utilisent le double freinage pneumatique depuis longtemps, la majorité du parc de matériel français est équipé d’une simple ligne hydraulique. L’arrivée sur le marché de tracteurs et d’outils dotés d’une double ligne entraîne donc des problèmes de compatibilité et son corollaire immédiat : la circulation sur la route d’ensembles non freinés. Pour compliquer ce casse-tête, la France a décidé d’autoriser deux technologies pour la double ligne : la pneumatique et l’hydraulique, moins coûteuse et donc plus adaptée aux petits ensembles. Les deux circuits sont incompatibles entre eux, et avec la simple ligne. Néanmoins, après plusieurs années de tergiversations, la Commission européenne a allégé la réglementation en autorisant l’utilisation des dispositifs dits intelligents, qui permettent aux tracteurs équipés d’une double ligne hydraulique de freinage d’être attelés à des outils en simple ligne. Mais concrètement, au lieu du freinage simple ligne « à l’ancienne », il faut désormais supporter le surcoût d’une double ligne et éventuellement du kit d’adaptation « intelligent ». Et pour les utilisations en entraide ou en Cuma, la présence des solutions hydraulique et pneumatique s’impose sur les tracteurs, afin de satisfaire tous les utilisateurs. Pour un tracteur de 180 ch, cela signifie un surcoût d’au moins 2 000 euros. Ce n’est donc pas négligeable mais ça ne représente qu’une infime partie du prix total. En revanche, pour un outil basique comme un plateau à paille, le montage de la double ligne augmente la facture finale de 10 à 15 % selon la technologie.
En 2025, d’autres nouvelles réglementations comme celle qui impose un dispositif améliorant la visibilité à l’arrière des épandeurs ou la présence d’un système anti-débordement sur les pulvérisateurs augmentent encore la facture. Ainsi, sur un épandeur, le montage d’une caméra coûte autour de 1 000 euros.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :